Enquête réalisée par Toluna Harris Interactive en ligne du 13 au 21 novembre 2025. Échantillon de 3 061 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région et taille d’agglomération de l’interviewé(e).
Paris, le 23 janvier,
A la demande du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE), Toluna Harris Interactive a réalisé une nouvelle vague du « Baromètre sexisme ». Lancé en 2022, ce baromètre permet de rendre compte des perceptions de l’opinion face aux inégalités de genre, de restituer le vécu des femmes et la perception des hommes, et d’explorer le rapport aux masculinités et aux féminités.
Que retenir de cette enquête ?
Des inégalités entre les femmes et les hommes toujours autant perçues par les Français…
- A l’image des dernières années, les inégalités de traitement entre les femmes et les hommes au sein de la société sont observées par une part relativement importante de Français : de manière générale, près de la moitié d’entre eux pensent qu’il est désavantageux d’être une femme (48%) quand seuls 16% font le même constat à propos des hommes. Si l’on agrège ces deux résultats, la population française est globalement partagée entre deux visions principales sur le sujet, entre ceux qui pensent que c’est un désavantage d’être une femme mais pas d’être un homme (41%) et ceux qui ne perçoivent de désavantage pour aucun des deux sexes (37%).
- Il est intéressant de noter que la question est considérée de manière différente à la fois selon le sexe mais aussi selon les différentes générations : la première idée est particulièrement portée par les femmes de 15 à 24 ans (75%) et dans une moindre mesure par les femmes des tranches intermédiaires (25-34 ans : 52% ; 35-49 ans : 50%). La perception d’une absence de désavantage à la fois pour les femmes et les hommes réunit en revanche les plus âgés, principalement les hommes de 50 ans et plus (48%), mais aussi les femmes de 65 ans et plus (45%). Les jeunes hommes ont eux une position plus ambiguë : la part minoritaire qui estime qu’il est à la fois désavantageux d’être un homme et une femme est chez eux plus importante que la moyenne (15-24 ans : 14% ; 25-34 ans : 16% vs. 7% en moyenne).
- Même si l’ensemble de la population ne s’accorde donc pas sur une différence de traitement généralisée entre les femmes et les hommes, celle-ci est néanmoins plus majoritairement observée dans certains contextes : en premier lieu dans la rue et les transports (75% considèrent que les femmes et les hommes ne sont pas traités de la même manière dans ces espaces), mais aussi dans le monde du travail (72%), le monde du sport (67%), le monde politique (61%) ou encore sur les réseaux sociaux (60%). Rares sont finalement les domaines où les Français se montrent largement convaincus d’une absence de différence de traitement, même si ces inégalités sont moins marquées selon eux dans le milieu médical (29%) ou au cours des démarches administratives auprès des autorités publiques (29%).
- On peut par ailleurs remarquer qu’à l’image des vagues précédentes, les hommes perçoivent de manière systématique moins de différence de traitement, et ce pour l’ensemble des domaines testés, avec une différence de minimum 7 points (pour le monde du sport) et parfois très prononcée : 19 points pour la vie amoureuse et sexuelle, 18 points pour la vie de famille et du foyer, 17 pour le monde politique ou encore 16 points en ce qui concerne l’école et dans les études.
- Si des inégalités de traitement importantes sont ainsi perçues dans beaucoup de contextes, on constate néanmoins cette année que, pour la plupart d’entre eux, ce sentiment est en baisse (alors que ces résultats étaient plutôt stables depuis 2022) et tout particulièrement concernant le milieu médical (-10 points vs. 2024), le monde politique (-9 points) ou les divertissements (-8 points). Deux domaines font malgré tout exception et atteignent leur plus haut niveau depuis 2022 : la rue et les transports (75%, +4) et les réseaux sociaux (60%, +5). A noter que les évolutions observées sont dans l’ensemble homogènes entre les hommes et les femmes.
…qui perpétuent néanmoins un certain nombre de clichés et de stéréotypes sexistes
- Au-delà de recueillir la perception des Français sur les inégalités de traitement entre femmes et hommes, la persistance du sexisme au sein de la société se mesure également par la prévalence de certains clichés ou préjugés parmi la population. Ainsi, si certains scénarios « égalitaires » semblent aujourd’hui acceptés par une très large majorité de Français, comme le fait qu’une femme présidente soit capable de diriger le pays (90% expriment leur accord) ou qu’il est acceptable qu’une femme gagne plus que son conjoint (84%), des clichés sexistes persistent au sein de la population et sont parfois partagés par une proportion non négligeable de Français.
- Plus de la moitié d’entre eux estiment par exemple que les hommes ne peuvent plus « draguer » sans prendre le risque d’être accusés de harcèlement (63%), que les femmes sont naturellement plus douces que les hommes (62%) ou que lors d’une séparation, les femmes sont avantagées par la justice par rapport aux hommes pour obtenir la garde des enfants (57%). Dans une moindre mesure, d’autres préjugés réunissent également environ 1/3, voire plus, des Français : le fait qu’il soit normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants (40%), qu’à cause du féminisme, il soit plus difficile pour les hommes de trouver une compagne et de se mettre en couple (37%) ou que ce dernier menace la place et le rôle des hommes dans la société (32%). Pour nuancer ce constat, la plupart des clichés testés ne sont néanmoins partagés que par une faible minorité de la population, notamment ceux qui touchent au consentement (« Quand une femme dit non à un rapport sexuel on peut la convaincre de changer d’avis » : 13% / « Une femme agressée sexuellement peut, en partie, être responsable de sa situation » : 11%).
- Au niveau des évolutions, si l’on observe une relative stabilité de ces différentes opinions dans l’ensemble, on peut néanmoins noter un léger mouvement à la hausse de l’ordre de 3 à 4 points avec certaines affirmations qui atteignent leur plus haut niveau depuis le début de la mesure comme « les femmes sont naturellement plus douces que les hommes » (62%, +8 depuis mars 2022).
- Par ailleurs, quand les Français sont amenés à se prononcer sur des situations ayant trait au sexisme, ils rejettent dans leur très grande majorité beaucoup d’entre elles, notamment celles liées à l’insistance sexuelle, que ce soit un homme vis-à-vis de sa conjointe (seuls 5% trouvent cela acceptable) ou un homme vis-à-vis de sa collègue en échange d’une faveur professionnelle (3%) et à la violence physique comme une gifle donnée à sa conjointe (3%), mais également au fait de siffler les femmes dans la rue (4%). Néanmoins, d’autres situations sont jugées comme acceptables par une proportion plus importante de la population. C’est le cas pour un homme qui refuse que sa conjointe voie d’autres hommes (16%), une femme qui s’occupe seule de ses enfants (19%) ou une femme qui cuisine tous les jours pour toute la famille (28%). Plus de 4 Français sur 10 considèrent enfin acceptable qu’un couple partage à égalité les dépenses du foyer même si les revenus sont inégaux (42%).
- Que ce soit concernant les clichés ou les situations, les hommes sont à nouveau plus à même d’approuver ces différentes idées reçues, dans des proportions plus ou moins importantes pour chacune d’entre elles.
- Les stéréotypes toujours largement entretenus touchent également la définition même des identités féminines et masculines. Certains attributs sont en effet majoritairement requis aux yeux des Français pour correspondre à ce que l’on attend des hommes et des femmes dans la société. Pour les premiers, c’est particulièrement lié à la réussite sociale et financière : pour environ 3/4 des Français, il faut pouvoir prendre soin financièrement de sa famille pour correspondre à cette image (78%) ou réussir dans sa vie professionnelle (73%). Du côté des attendus perçus pour les femmes, une large majorité de la population estime que pour correspondre à ce qu’on attend d’elles, elles doivent être fidèles en amour (79%), sérieuses (77%) ou encore douces et sensibles (71%), des proportions d’ailleurs toutes plus légèrement élevées par rapport à il y a 2 ans (entre +3 et + 6 points).
Un constat également nourri par les expériences sexistes dont sont victimes les femmes
- Au-delà du partage de clichés et de l’acceptation de certaines situations sexistes, c’est aussi à travers les faits relatés par les Français que l’on peut établir la réalité du sexisme. A l’image de la mesure de la perception parfois élevée des différences de traitement entre femmes et hommes dans différentes situations, les femmes témoignent elles-mêmes d’un nombre d’expériences de mauvais traitement en raison de leur sexe bien plus important que les hommes. Ce sont même une majorité de femmes qui indiquent avoir déjà vécu cette différence de traitement au moins une fois dans la rue et les transports (62% vs. 22% pour les hommes) et environ la moitié dans la vie de leur foyer (51% vs. 22% pour les hommes), dans le monde du travail (49% vs. 24% pour les hommes) ou dans leur vie amoureuse et sexuelle (45% vs. 28% pour les hommes).
- Si l’on s’intéresse plus précisément au détail des situations à caractère sexiste qu’ont pu subir les femmes, les plus fréquentes sont les blagues ou les remarques (54% des femmes déclarent l’avoir déjà vécu personnellement) et les sifflements et gestes déplacés de la part d’un homme (45%). De manière moins répandue mais également conséquente, environ 1/3 des Françaises indiquent avoir déjà subi des contacts physiques légers non consentis par un homme (36%), des remarques sur leur tenue ou leur physique (32%) et un peu plus d’1/4 une emprise psychologique ou une jalousie excessive de la part d’un homme (26%).
- Si depuis mars 2022, la proportion de femmes qui déclarent avoir déjà vécu chacune de ces situations sexistes a peu évolué, deux progressions inquiétantes sont tout de même à noter cette année : la part de femmes indiquant qu’un homme leur a déjà imposé un acte sexuel (21%, +7 points) et la part de celles déclarant qu’un ami ou un proche s’est déjà montré insistant pour avoir un rapport sexuel (20%, + 6). Si ces résultats ne permettent pas de déduire que le nombre de ces actes a effectivement augmenté ils donnent une indication sur la perception que s’en font les hommes et les femmes et à un possible changement dans la définition de ce qui est considéré ou non comme un acte ne respectant pas le consentement de l’autre. Il est intéressant à ce titre de noter que ce sont les jeunes femmes (moins de 35 ans voire moins de 24 ans) qui indiquent le plus avoir subi ces situations.
- Comme noté précédemment, la sphère intime est l’un des espaces où les femmes témoignent le plus d’inégalités de traitement et de situations à caractère sexiste, et notamment de la part d’un partenaire. Ainsi, environ 4 Françaises sur 10 indiquent qu’un ou plusieurs partenaires les ont déjà agressées verbalement et insultées ou rabaissées (contre moins d’1/3 des hommes dans les deux cas). Cette différence est également notable concernant les violences physiques et sexuelles : 22% des femmes déclarent avoir déjà été contraintes physiquement à avoir des rapports sexuels alors qu’elles ne le voulaient pas (vs. 11% des hommes) et 21% avoir été frappées, giflées ou avoir reçu un coup (vs. 14% des hommes).
- Le rapport au consentement reste donc un marqueur particulièrement prononcé du sexisme à travers les violences dont témoignent les femmes, et une part non négligeable d’hommes eux-mêmes avouent certains comportements problématiques : 26% d’entre déclarent ainsi avoir déjà remis en cause le consentement de leur partenaire, notamment le fait d’avoir déjà eu un doute sur le consentement d’un partenaire lors d’un rapport sexuel (14%) ou d’avoir déjà insisté pour avoir un rapport alors que leur partenaire n’en avait pas envie (12%). On observe là aussi une progression de 4 points en un an de la part d’hommes indiquant avoir déjà eu un doute sur le consentement de leur partenaire, que l’on peut interpréter comme une prise de conscience de ces situations par une partie d’entre eux, à mettre en lien avec la progression observée par ailleurs auprès des femmes des situations vécues de non-consentement.
- Ce climat encore peu sécurisant pousse par conséquent un certain nombre de femmes à adopter des comportements d’évitement ou d’« autocensure » : plus de 3/4 d’entre elles indiquent avoir par exemple déjà eu peur de rentrer seules le soir (77%) et une courte majorité d’avoir renoncé à sortir seules (54%) ou à s’habiller comme elles le souhaitaient (53%).
Des attentes toujours aussi élevées envers les pouvoirs publics pour des résultats jugés pour le moment insuffisants
- Face au constat d’inégalités de traitement et d’expériences de situations sexistes et de violences encore sensiblement présentes dans la société, les Français en font un enjeu majeur et témoignent de fortes attentes en la matière. Ainsi, de manière générale, la prévention et la lutte contre le sexisme représentent des sujets importants pour près de 3/4 des Français (74%, -3), un taux seulement très légèrement supérieur chez les femmes par rapport aux hommes (77% vs. 72%).
- Autre marqueur d’une prise de conscience malgré tout largement partagée, la notion de féminicide est bien identifiée par les Français : plus de 9 d’entre eux sur 10 indiquent connaître le terme et 79% déclarent même savoir précisément de quoi il s’agit. Ils sont par ailleurs une large majorité à percevoir son utilisation comme nécessaire pour qualifier le meurtre d’une femme par son conjoint ou son ex-conjoint (76%), confirmant la hausse de cette opinion observée l’an passé (+1 point vs. 2024 et +8 vs. 2022).
- Malgré l’importance accordée à ces questions, un sentiment de laxisme général persiste pour beaucoup de Français sur le sujet : 77% de la population a le sentiment qu’une partie des actes et propos sexistes sont impunis voire tolérés dans la société, une proportion qui atteint même 82% chez les femmes. Ce sentiment peut en partie s’expliquer par un delta important entre les attentes des Français envers les pouvoirs publics à ce sujet et les résultats perçus. Ainsi, si pour une large majorité de Français, la prévention et la lutte contre le sexisme doivent être des sujets prioritaires pour les pouvoirs publics (81%), une proportion presque similaire estime que les lois et sanctions existantes sont soit mal appliquées (38%), soit insuffisantes (40%). Les femmes elles-mêmes ne se sentent pas suffisamment protégées des actes et propos sexistes par les lois et sanctions existantes : près de 2/3 indiquent que ce n’est pas le cas (64%, -3).
- Les Français témoignent par ailleurs d’un sentiment d’information toujours aussi mesuré depuis 2022 sur les lois et sanctions existantes dans le cadre de la lutte contre le sexisme, un peu moins de la moitié d’entre eux seulement indiquant être bien informés sur le sujet (48%, +3).
- Au-delà du cadre législatif et judiciaire existant, le crédit attribué aux pouvoirs publics en matière de lutte contre le sexisme reste assez faible, que ce soit de manière générale (31% estiment qu’ils font tout ce qu’il faut pour lutter contre le sexisme de manière générale), ou vis-à-vis des violences sexistes et sexuelles (30%), des violences conjugales ou entre partenaires intimes (29%) ou des féminicides (29%). Parmi les différents acteurs qui peuvent avoir un rôle de prévention et de lutte contre ces actes et violences sexistes et sexuelles, le gouvernement est d’ailleurs celui qui recueille le moins de confiance (29%, +1), avec l’école et l’université (39%, +1) et la justice (39%), malgré une légère hausse depuis un an (+4 points). Au contraire, les associations spécialisées et les médecins bénéficient toujours de la confiance d’une majorité de Français (respectivement 75% et 70%), tout comme la gendarmerie et la police, mais dans une moindre mesure (54%, +6 cependant depuis 2022).
- Enfin, dans ce cadre les différentes mesures testées pour lutter contre le sexisme bénéficient globalement de l’approbation d’une large majorité de la population, notamment le fait de contrôler de manière plus systématique les propos sexistes tenus en ligne (86%) et dans les médias (84%), ou d’instaurer une formation obligatoire contre les violences sexistes et sexuelles au travail (86%). Des mesures pour lesquelles une part plus importante de Français tendent à se montrer « tout à fait favorables » cette année.
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