Enquête réalisée par Toluna-Harris Interactive en ligne du 10 au 11 mars 2026. Échantillon de 2 100 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).
Paris, le 13 mars,
A la veille des élections municipales de 2026, Toluna Harris Interactive a interrogé un échantillon de 1 883 personnes habitant dans une commune d’au moins 1 000 habitants dont 1 635 inscrits sur les listes électorales, issu d’un échantillon de 2 100 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Que retenir de cette enquête ?
Une des premières questions qui se pose est celle de la participation électorale. Pour mémoire, celle-ci baisse tendanciellement depuis quarante ans. A la fin des années soixante-dix, début des années quatre-vingt, près de huit Français sur dix se déplaçaient pour aller voter. Le dernier scrutin – marqué par ce qui était à l’époque dénommé le Coronavirus – peut être évidemment considéré comme atypique et singulier. C’est pour cette raison que nous comparerons la participation électorale à venir à celle de 2014.
Dans un contexte où il est beaucoup question de la guerre en Iran (premier sujet de conversation des Français), les élections municipales ne semblent pas constituer un enjeu pour nos compatriotes. Si l’on ajoute à ce premier constat trois éléments, peu d’aspects concourent à une forte participation électorale ce dimanche.
- Premier élément, la modification du mode de scrutin dans les petites communes. Alors que jusqu’à présent, il était possible de panacher son vote lorsque l’on habitait dans une commune de moins de 1 000 habitants, il est désormais nécessaire de ne pas intervenir sur le bulletin de vote. Le déficit de choix peut avoir une incidence sur le comportement électoral : pourquoi se déplacer alors que le choix de « ses » conseillers municipaux n’est plus offert aux électeurs ? Cette nouvelle règle électorale (combinée avec l’obligation de présenter des listes paritaires quelle que soit la taille de la commune) amène une offre désormais réduite pour certains de nos concitoyens. Dans près de 23 000 communes de moins de 3 500 habitants, les électeurs n’auront le choix que… d’une seule liste. Ce qui peut avoir un effet sur la participation électorale.
- Deuxième élément (déjà présent en 2020) : la quasi-absence de candidat macroniste sortant. On pourrait très bien arguer de la décorrélation entre enjeux nationaux et élections locales. Il s’avère que par le passé, nous avons pu voir des mobilisations différentielles découlant du contexte politique. Ainsi en 2008 (près d’un an après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République), une partie de son électorat ne s’était pas déplacé lors des élections municipales. Le mouvement inverse s’était produit en 2014 deux ans après l’élection de François Hollande.
- Troisième point : la nature des débats. Alors que des visions des enjeux pour les municipalités reflétait des clivages politiques, ceux-ci ont eu tendance à se réduire au fil des dernières campagnes. Candidats de droite et de gauche semblent s’entendre sur un certain nombre de perspectives : non augmentation des impôts locaux, réduction de la place de la voiture au profit des mobilités douces, développement de mesures en faveur de la sécurité (que ce soit la police municipale voire la vidéo-surveillance / vidéoprotection…). Tous ces éléments concourent à des confrontations visant à mettre en avant – certes surtout dans les plus grandes communes – davantage une capacité gestionnaire qu’une ambition singulière pour la commune.
A l’heure actuelle, si 80% des Français se déclarent intéressés par la campagne (soit une évolution de 10 points par rapport au mois de février), l’intention de participation reste élevée (68% des Français déclarent être tout à fait certains d’aller voter). Les structures de la mobilisation potentielle sont on ne peut plus cohérentes avec ce que nous enseigne l’histoire électorale : croissance du souhait de participer avec l’âge, la PCS, le statut d’occupation de son logement. Politiquement, les sympathisants LFI et Reconquête ! (comme les personnes sans préférence partisane) ont moins l’intention de participer que les autres. Relevons qu’au cours des dernières semaines la certitude d’aller voter a baissé de 4 points chez les sympathisants LFI, de 3 chez les Écologistes alors qu’elle a cru de 3 au Parti socialiste et de 10 chez les LR.
Ces données ne sont pas prédictives et on sait à quel point l’intention de participer peut ne pas se traduire le « jour J », d’autant plus que 22% des Français indiquent ne pas être certains de leurs choix et qu’un Français sur deux peine à déclarer qu’il serait et sûr de son choix et certain d’aller voter.
Les Français font part d’une priorité principale (la sécurité, mobilisé par 39% des répondants) devant d’autres moins évoquées à savoir la santé, les impôts locaux, les aménagements urbains et le cadre de vie, la propreté, les dépenses de la municipalité ou encore les services publics. Notons quelques évolutions par rapport aux réponses aux mêmes questions posées en amont des municipales de 2020 : progression de la sécurité et baisse notable de l’environnement (huitième priorité cette année, deuxième il y a six ans).
Si la sécurité est plus évoquée dans les communes de 10 000 habitants et plus, l’animation/les activités culturelles ainsi que l’aide au maintien et à l’installation de commerces dans celles plus petites, la hiérarchie des principales motivations de vote est assez proche quel que soit son lieu d’habitation. Le « top 3 » (sécurité/santé/impôts) se retrouve quasiment partout sur le territoire. Les logiques politiques œuvrent plus : si les attentes prioritaires des sympathisants de Droite et d’Extrême-Droite sont assez proches (sécurité et impôts comme deux principales motivations), elles sont plus disparates à Gauche ; les proches de la France Insoumise évoquent l’action sociale, la santé et la participation des citoyens aux décisions, ceux du Parti socialiste la sécurité (illustrant ce que nous évoquions précédemment), l’environnement et les services publics. De leur côté évidemment les proches des Écologistes parlent d’environnement, mais également de santé et d’aménagements urbains.
Si, pour 59% des électeurs, leur vote ne visera pas à adresser un message à Emmanuel Macron la nationalisation du scrutin croît avec la taille de commune (aucun rapport pour 67% des habitants de communes de moins de 10 000 habitants, 62% dans celles de taille plus importante, 57% dans les villes de 100 000 habitants et plus). Ici également, la variable politique joue : les proches de LFI et, dans une certaine mesure, du RN intégreront une dimension nationale à leur comportement électoral.
Enfin, même si l’offre électorale n’est pas uniforme sur le territoire, notons que si 38% des Français apprécieraient d’avoir un maire sans étiquette, 31% évoquent un Maire RN (deuxième position) et 14% LFI (avant dernière position devant avec le Parti communiste).
Enfin, quand bien même les hypothèses restent théoriques avant le premier tour et alors que les répondants ne connaissent pas la situation qui découlera du comportement électoral de ce dimanche, les attitudes des formations politiques d’entre-deux tours font partie du débat actuel. Cette question se pose de manière nette pour la gauche et pourrait se poser à droite.
En cas de victoire potentielle d’un candidat situé à droite sur l’échiquier politique aux élections municipales dans leur commune, les personnes à Gauche sur l’échiquier politique privilégient trois attitudes différentes et sensiblement dans les mêmes proportions : 34% sont favorables à ce que la liste (PS ou LFI) arrivée en tête se maintienne et que l’autre se retire, 30% que les deux listes se maintiennent et 29% qu’elles fusionnent. S’il est parfois fait mention de « Gauches irréconciliables » en l’espèce ce n’est pas le cas (les réponses des proches de LFI et du PS sont, à deux points près, identiques). Plus surprenant, à froid, les personnes interrogées donnent sensiblement les mêmes réponses lorsqu’il s’agit d’un potentiel de victoire d’un candidat RN ou Reconquête !. En l’espèce, 27% des proches du PS sont pour le maintien des deux listes contre 19% de ceux de LFI.
Si la situation inverse devait se présenter (victoire potentielle d’un candidat situé à gauche sur l’échiquier politique), 33% des Français à Droite privilégieraient une fusion des listes LR et RN, 32% le maintien des deux listes, 27% le retrait de la liste la moins bien « placée ». Ici les réponses ne varient pas nettement selon la proximité politique. En cas de « risque LFI » si l’appétence au maintien des deux listes baisse un peu, celle-ci n’est que légèrement moins forte que dans l’autre cas de figure évoqué (28% contre 32% comme précédemment évoqué). 35% parlent de fusion et 30% de retrait de l’une des deux listes. Dans le détail, l’aspiration à la fusion est plus nettement exprimée de la part des proches des Républicains (43%) que du Rassemblement National (35%).
Les différents enseignements de cette enquête sont donc non seulement valables avant le premier tour de ce scrutin municipal mais également pour l’avenir. Une campagne ayant mis du temps à démarrer, des préoccupation nationales et internationales masquant la consultation citoyenne de ce dimanche. Une structure électorale envisageable comme concordante avec l’histoire de la mobilisation. Des motivations de vote montrant des évolutions de la société appelant à de la sécurisation en différents points. On le sait, cette élection constituera les prémices de la présidentielle à venir.
A ce titre, le débat portant sur les potentielles stratégies de second tour sont riches d’enseignement. Les électeurs de gauche ne sont pas opposés aux fusions en cas de « risque » LR ou RN mais… seuls 16% des sympathisants PS accueilleraient favorablement l’élection d’un maire LFI dans leur commune (30% des proches de la France Insoumise dans le cas inverse). De l’autre côté du champ politique les réactions potentielles sont du même ordre mais… avec moins de réticences des proches des LR à voir un maire RN élu (23% affirment que ce serait une bonne chose) tout comme la situation inverse (25% des proches du RN lorsqu’ils pensent à un maire LR).
