Par Sylvain Reich, Directeur conseil au Département Politique et Opinion
En 2020, deux récits ont dominé l’espace médiatique après les municipales : celui d’un raz-de marée écologiste, et celui d’une confirmation de la montée du Rassemblement National, dans la continuité de 2014. Mais en y regardant de plus près, les résultats racontent une histoire beaucoup moins spectaculaire.
Dans un moment rappelant les municipales de 1995, le Front National d’alors remporte effectivement des mairies en 2020, dont la ville de Perpignan, vitrine de cette percée. Mais, mise en perspective avec les résultats du scrutin municipal précédent, cette progression reste très relative : le parti frontiste remporte 14 mairies en 2014, contre 16 en 2020, soit un différentiel difficile à considérer comme une conquête territoriale significative. D’autant que la part des voix RN au premier tour, qui avait atteint 6,3% en 2014, est descendue à 3,1% en 2020. Surtout, seul 0,4% des communes françaises ont été remportées par une liste soutenue par l’extrême droite : une implantation locale donc extrêmement limitée, notamment au regard des scores très élevés enregistrés par le parti à la flamme dans les scrutins nationaux et européens. Ce score très marginal est avant tout lié à la difficulté rencontrée par le RN à pouvoir présenter des listes : dans la plupart des communes dirigées actuellement par le Rassemblement National, leurs candidats ont été réélus facilement, voire (pour certains) dès le premier tour.
La situation est similaire pour Les Écologistes (à l’époque Europe Écologie – Les Verts). Certes, EELV signe en 2020 des victoires retentissantes dans plusieurs grandes métropoles, comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Annecy, Tours, Poitiers, Colombes et Marseille, tout en conservant Grenoble. Néanmoins, rapportée à l’ensemble du territoire, cette poussée reste modeste : à peine 0,6% des mairies françaises ont été remportées par cette formation politique. Il faut se pencher sur le nombre de voix enregistrées pour mesurer un progrès significatif : Les Écologistes passent de 1,5% des suffrages en 2014 à 3,7% en 2020. Le succès est donc réel mais très circonscrit aux grandes villes, sans véritable traduction dans les communes moyennes ou rurales.
Ces constats posent deux questions, à quelques jours du 1er tour des élections municipales de 2026 : le RN parviendra‑t‑il à transformer ses succès des dernières européennes et législatives en un ancrage local massif et durable ? Et Les Écologistes réussiront‑ils à maintenir leur présence dans les grandes métropoles, tout en commençant à s’implanter dans des communes plus petites ?
Part des communes gagnées par nuance politique (communes de 3 500 habitants et plus)
| 2001 | 2008 | 2014 | 2022 | |
| Gauche (hors Ecologistes) | 43,9% | 48,9% | 36,0% | 30,6% |
| Écologistes (ex-EELV / Les Verts) | 0,0% | 0,3% | 0,1% | 0,6% |
| Centre | 0,0% | 5,1% | 0,9% | 13,8% |
| Droite | 53,8% | 44,5% | 55,5% | 40,4% |
| Extrême droite | 0,1% | 0,0% | 0,5% | 0,4% |
| Autres (listes sans étiquette, régionalistes, divers écologistes, etc.) | 2,2% | 1,2% | 7,0% | 14,2% |
