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Les Français et le mode de scrutin aux élections législatives

Marine Segura

Enquête réalisée en ligne du 28 au 29 avril 2026.​ Échantillon de 1 027 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.​ Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

Paris, le 4 mai,

Dans un contexte où à peine plus d’un Français sur deux estiment que la démocratie fonctionne bien1 et où se posent régulièrement deux types de questions à savoir : comment faire en sorte que les Français se sentent bien représentés tout en garantissant la bonne opérationnalité de la puissance publique et quels sont les facteurs d’une mobilisation électorale des citoyens ? La lettre de l’Expansion a demandé à Toluna Harris Interactive d’interroger les Français sur leur perception du mode de scrutin des élections législatives, et plus particulièrement l’hypothèse d’une introduction du mode de scrutin proportionnel. L’enquête a été menée en ligne du 28 au 29 avril 2026 auprès d’un échantillon de 1 027 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. 

Que retenir de cette enquête ? 

Pour rappel, nous observons au cours de la Vème République une baisse tendancielle de la participation électorale lors du scrutin législatif hormis à deux moments : en 1986 (seule consultation à la proportionnelle dans un contexte où pour la première fois la cohabitation apparaissait comme probable) et en 2024 avec l’enjeu pour les Français d’une potentielle victoire du RN ou du NFP lors de ces élections. 

Les résultats de cette enquête montrent deux tiers des Français (63%) attendant prioritairement du mode de scrutin qu’il permette une représentation fidèle des opinions politiques à l’Assemblée nationale, même si cela devait impliquer l’absence de majorité claire à l’issue des élections. Cette attente est largement partagée quelle que soit la proximité politique des répondants, à l’exception notable de deux-tiers des sympathisants Renaissance (seulement 33% souhaitent une représentation fidèle des opinions politiques).  

Dans ce contexte, la perception actuelle de la composition de l’Assemblée nationale est teintée de critiques. Seul un peu plus d’un tiers des Français (37%) considèrent que sa composition reflète correctement la diversité des opinions politiques du pays (ce qui pourrait apparaitre comme un paradoxe vu les origines diverses des députés). Ce constat est diversement partagé : les sympathisants de la majorité présidentielle estiment pour les trois-quarts d’entre eux que l’Assemblée nationale est bien « représentative » (73%) contre à peine plus d’un quart de ceux du RN (29%). On le voit, les réponses ne sont pas liées au poids des députés des familles politiques dont se sentent le plus proches les électeurs. 

Cette insatisfaction nourrit un fort soutien à l’instauration d’un scrutin proportionnel. En 2026, plus de sept Français sur dix se déclarent favorables à l’introduction d’un scrutin de liste proportionnel pour les élections législatives (72%), soit une progression de 4 pointes par rapport à 2021. Cette approbation est large et relativement homogène selon les sensibilités politiques, y compris chez les proches de formations traditionnellement peu favorables à la proportionnelle. 

Pour autant, lorsqu’il s’agit de choisir concrètement un mode de scrutin, les Français se montrent partagés. Trois options recueillent des niveaux de « soutien » proches : un scrutin proportionnel sur listes départementales ou régionales (30%), le maintien du scrutin majoritaire actuel (28%) et un système mixte combinant élection majoritaire locale et un scrutin proportionnel national (27%). Le scrutin proportionnel intégral sur listes nationales est plus minoritaire (14%). Ces résultats traduisent une préférence pour des solutions jugées « intermédiaires », conciliant représentativité accrue et ancrage territorial des élus. 

Le scrutin proportionnel bénéficie néanmoins d’une image positive sur le plan de ses effets attendus. Une large majorité des Français estime qu’il permettrait une représentation plus fidèle des opinions politiques (80%), une plus grande diversité des idées à l’Assemblée nationale (79%) et une meilleure représentation des petites formations politiques (78%) comme des minorités (76%). Il est également perçu comme un moyen de rééquilibrer les pouvoirs entre le Parlement, le gouvernement et le président de la République (75%) et de favoriser la construction de coalitions politiques s’appuyant sur des mesures soutenues par une majorité de Français (74%). Il est également vu comme pouvant contribuer à la réduction de l’abstention (67%). Ces perceptions sont largement partagées quelle que soit la proximité politique des répondants. Pour autant, certaines limites sont également identifiées : le scrutin proportionnel est perçu par une majorité comme étant moins adapté pour sanctionner une personnalité politique ou une formation politique précise (65%), pour réduire le vote utile (64%) ou pour élire un représentant connaissant bien les enjeux locaux (59%).  

Dans l’ensemble, cette étude met en évidence un climat d’opinion favorable à une évolution du mode de scrutin législatif, porté par une aspiration forte à une meilleure représentation politique. Toutefois, le soutien à la proportionnelle ne se traduit pas mécaniquement par une adhésion à un modèle unique, mais ouvre plutôt la voie à des solutions hybrides, perçues comme plus équilibrées par une part importante de nos compatriotes. 

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