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Les Français et la politique étrangère de la France – vague 2 

Marine Segura

Enquête réalisée en ligne du 5 au 11 mai 2026 auprès d’un échantillon de 1 240 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Représentativité assurée par la méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région et taille d’agglomération. Les rappels de 2021 proviennent de la première vague de cette étude réaliséeen ligne du 7 au 9 décembre 2021 auprès d’un échantillon de 1201 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus.

Paris, le 27 mai,

Que retenir de cette étude ? 

Les priorités pour la politique étrangère et la position attendue de la France : quand méfiance rime avec défense 

Face aux évènements qui traversent le monde, le regard et les attentes des Français sur la manière dont la France articule sa politique étrangère ont considérablement changé en l’espace de seulement quelques années. Spontanément, lorsqu’on les interroge sur ce que la politique étrangère leur évoque, ils mettent en avant un contexte géopolitique sujet à des tensions et des guerres, des enjeux absents de leurs pensées en 2021. De plus, le rôle de la diplomatie et celui du président de la République sont davantage cités tandis que l’Europe apparaît en retrait.  

Dans les relations avec les autres pays du monde, plus de deux tiers des Français indiquent que la France devrait plutôt se méfier des autres pays et ce davantage qu’en 2021(69%, +8), plutôt qu’elle devrait faire confiance aux autres pays du monde (29%, -8). Une position de défiance partagée majoritairement par l’ensemble des catégories de la population, bien que les sympathisants de gauche et d’Ensemble, ainsi que les jeunes soient plus nombreux qu’en moyenne à estimer que la France devrait faire confiance aux autres pays du monde. 

Depuis 2021, l’idée selon laquelle la défense de la sécurité des Français contre les puissances extérieures et le contrôle des frontières du pays constituent des priorités pour la politique étrangère nationale a nettement augmenté (respectivement 51%, +19 et 46%, +8), principalement au détriment de l’action contre le dérèglement climatique (22%, -13) et, dans une moindre mesure, de la construction européenne (19%, -5). Il est intéressant de relever que, selon la proximité politique, cette hiérarchie des priorités évolue. Les sympathisants de gauche se distinguent en insistant davantage sur le caractère prioritaire de la défense des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. A contrario, les sympathisants LR et RN mettent en avant la lutte contre le terrorisme et la protection des frontières. 

Pour faire avancer ses positions dans le monde, une majorité relative de Français estime que la France devrait s’adresser directement à l’ensemble des acteurs internationaux, y compris à des puissances qui ne sont pas ses alliées (39%, -5). Une position toutefois en recul, à l’inverse de celle selon laquelle il faudrait privilégier la négociation directe avec les pays alliés (29%, +8), alors que s’appuyer avant tout sur la diplomatie de l’Union européenne (20%, =) ou les instances internationales (11%, -3) demeurent des positions relativement stables par rapport à 2021. 

Lorsqu’un pays démocratique connaît un coup d’État, 8 Français sur 10 estiment que la France doit faire connaître son désaccord (80%, -2), 6 sur 10 considèrent qu’elle devrait imposer des sanctions économiques (60%, +3) et 4 sur 10 qu’elle devrait couper ses relations diplomatiques (41%, +1). Enfin, un quart d’entre eux estiment que la France devrait même intervenir militairement (26%, +1). Dans l’ensemble, les Français se disent largement favorables à ce que la France agisse au moins d’une de ces manières dans pareille situation (87%), traduisant les attentes d’une posture active, mais aussi d’une certaine gradation de ses actions. 

Les alliés et les menaces pour la France selon les Français : désamour pour les États-Unis et embellie pour les pays arabes 

Bien que faire avancer la construction européenne apparaisse comme la priorité la moins citée pour la politique étrangère de la France (19%, -5), les seuls pays majoritairement perçus comme des alliés par les Français sont européens, avec en première position l’Italie (73%, -1) et l’Espagne (73%, =), puis l’Allemagne (71%, -2). La perception négative du Royaume-Uni observée en 2021 peu après le Brexit s’est par ailleurs totalement dissipée, ce qui se traduit par une nette progression de son image comme allié de la France (71%, +31 points). L’Ukraine bénéficie également d’une amélioration sensible de son image du fait de sa situation actuelle, étant perçue bien plus positivement qu’avant l’invasion russe (50%, +25).  

La perception des États-Unis a également profondément évolué : alors que ceux-ci étaient majoritairement considérés comme un allié en 2021, seul un tiers des Français les perçoivent encore ainsi aujourd’hui (32%, -21), signe d’un véritable changement de paradigme dans un contexte où le pouvoir américain affiche une politique étrangère particulièrement interventionniste et générant de l’inquiétude. Tandis que l’opinion à l’égard États-Unis apparaît extrêmement partagée (en trois tiers : allié, menace, ni l’un ni l’autre), d’autres pays souffrent d’une image encore plus dégradée. C’est notamment le cas d’Israël (allié pour 23% contre 35%le voyant comme une menace pour la France), l’Algérie (17% contre 45%) ou la Chine (16% contre 41%). En parallèle, les pays du Golfe comme les Émirats Arabes Unis (40%, +13), le Quatar (33%, +14), l’Arabie Saoudite (28%, +13) ainsi que le Maroc (40%, +13) enregistrent des progrès notables dans leur perception en tant qu’alliés. Enfin, environ deux tiers des Français estiment que l’Iran et la Russie constituent des menaces pour la France (respectivement 64% et 66%).   

Les Français estiment pour une large majorité d’entre eux que, si la France était attaquée militairement, elle pourrait compter sur le soutien de plusieurs pays et organisations, au premier rang desquels l’Union européenne (86%, +4), l’OTAN (84%, +6), le Royaume-Uni (82%, +17) ainsi que les Etats Unis, mais dans une nettement moindre mesure et en baisse sensible par rapport à la période précédant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche (59%, -16). Plus en détail, les sympathisants du PS, d’Ensemble et de LR déclarent davantage que la France pourrait compter sur l’aide de l’OTAN et de l’Union européenne si elle était attaquée militairement. Les États-Unis, quant à eux, passent davantage pour un recours parmi les sympathisants frontistes (66%) et des Républicains (69%). 

Leviers budgétaires et diplomatiques afin de renforcer la place de la France dans le monde : un rapport ambivalent au poids de l’État 

Dans un contexte marqué par la progression des tensions et des conflits dans le monde, en particulier aux frontières de l’Europe, près de 6 Français sur 10 considèrent que la France devrait augmenter ses dépenses de défense afin de renforcer son poids dans le monde, soit une progression marquée par rapport à 2021 (59%, +15). Cette position rassemble au-delà des clivages politiques puisqu’elle est partagée par plus de la moitié des sympathisants de chaque formation politique, et plus largement encore parmi ceux d’Ensemble et des Républicains. 

Dans l’objectif de financer une hausse importante des dépenses militaires, les Français se disent très largement favorables à la réduction des dépenses de fonctionnement de l’Etat (82%) mais plus partagés sur la réduction du budget de la transition écologique (53%) et des aides aux entreprises (49%) ; les autres domaines (protection sociale, éducation, santé, etc.) arrivent loin derrière. 

Concernant leur opinion vis-à-vis de la mise en place d’une défense commune des pays européens, elle demeure inchangée, 3 Français sur 4 s’y déclarant favorables (75%, +1), bien qu’elle soit moins partagée par les sympathisants du Rassemblement National (62%).  

Perception des relations de la France avec les pays d’Afrique et du Moyen-Orient : une dégradation notable de la vision des pays d’Afrique subsaharienne 

Les Français considèrent comme une bonne chose le fait que la France entretienne des relations privilégiées avec les pays du Golfe tels que les Emirats Arabes Unis (73%, +9), le Quatar (71%) et l’Arabie Saoudite (69%) ainsi que le Maroc (72%, +3), alors qu’ils se montrent partagés concernant l’Algérie notamment (51%, -7). De plus, le jugement positif sur la relation privilégiée entre la France et différents pays diminue pour nombre de pays d’Afrique tels que la Côte d’Ivoire (63%, -8), le Sénégal (64%, -9), le Congo (58%, -4) ou le Mali (50%, -8). 

D’un point de vue plus global, près de 6 Français sur 10 considèrent que la France s’engage suffisamment dans ses relations avec les pays arabes (59%), tandis qu’un quart d’entre eux indique qu’elle s’engage « trop »(26%) et une minorité « pas assez » (14%). À noter que les plus jeunes et les sympathisants RN estiment davantage qu’elle s’engage de manière excessive. 

Anticipation et niveau de préparation de la France aux conflits et tensions dans le monde : des risques et des doutes qui dominent mais un primat du droit qui demeure 

Les guerres en Iran (79%), en Ukraine (74%), à Gaza et au Liban (72%) constituent les situations suscitant le plus d’inquiétude chez les Français, devant l’affirmation de la domination des États-Unis sur l’Amérique centraleet du Sud (62%) ainsi que les tensions qu’elle a eu récemment avec l’Union européenne autour du Groënland (60%). Dans ce contexte de multiplication des facteurs d’instabilité à l’échelle internationale, près de deux Français sur trois (65%) jugent élevé le risque qu’un conflit mondial impliquant la France survienne dans les prochaines années. 

Face à cette éventualité, les Français se montrent partagés sur la bonne préparation de la France, que ce soit en cas de conflit armé classique (51%) ou d’une escalade impliquant des forces françaises en dehors du territoire national (52%), tandis qu’ils sont une majorité à penser la France mal préparée dans le cas d’un conflit hybride (59%). 

Pour autant, près de la moitié des Français jugent que la prévention des conflits repose avant tout sur le respect du droit international (47%), loin devant l’idée d’une affirmation de puissance affranchie de ce cadre (17%). Un quart d’entre eux (26%) préconisent toutefois de conjuguer ces deux approches. Cette prééminence accordée au droit international témoigne de la confiance accordée à des organisations structurantes, telles que l’OTAN et l’Union européenne, également perçues comme les plus à même de soutenir la France en cas d’attaque. 

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